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Avec Alain Meilland, créateur de roses
A quelques kilomètres de l’Abbaye du Thoronet, au Cannet-des-Maures en Provence, se préparent en secret les roses qui feront demain la fierté de nos jardins et l’élégance de nos intérieurs.
Alain Meilland, créateur et producteur de roses, dirige un centre de recherches de 55 personnes où tous sont dévoués à une seule et même cause : la beauté. Héritier d’une longue tradition familiale, il est le cinquième du nom à exercer ce métier. Rencontrer Alain Meilland, ce n’est pas seulement découvrir un professionnel hors pair, c’est avant tout approcher un être humain d’une grande générosité, curieux de tout, ouvert au monde...
Du village à la planète
Une femme passe, poussant sa brouette, un tablier de travail noué sur les hanches, un chat s’étire, le temps semble suspendu au Cannet-des-Maures. Rien ne laisse imaginer que les bâtiments, perdus dans la verdure, abritent des bureaux équipés de la plus haute technologie. Une voix forte et enjouée résonne au fond d’un couloir. Vous êtes aussitôt saisis par l’énergie et la joie de vivre d’Alain Meilland. « C’est ici que les grandes décisions se prennent », dit-il en nous entraînant devant un planisphère géant. « Notre stratégie, c’est la planète bleue.
Aucun pays au monde, ni aucune religion, ne rejette la rose. Coupée ou en pot, selon les habitudes et les coutumes, la symbolique de la rose est universelle. Vous trouverez des roses Meilland dans les roseraies d’Istanbul comme dans les jardins de Jérusalem ».Le site du Cannet-des-Maures est un lieu de recherche et d’expérimentation. De là partiront des milliers de greffons de roses pour des destinations les plus diverses, car jamais ne seront expédiés des rosiers adultes. D’une part, ils ne peuvent pas traverser les océans car les lois phytosanitaires sont très strictes et tout particulièrement dans les pays anglo-saxons et dans les îles, où les plantes font l’objet de quarantaines.
D’autre part, pour que ces rosiers s’adaptent à leur milieu, leurs plantations sont faites à partir de ces greffons dans des mini-centres d’adaptation : par exemple, en Argentine les résultats seront très différents de ceux obtenus en France ou ailleurs. « Alain Meilland et ses équipes parcourent le monde à la recherche de ces mini-centres où ils pourront expérimenter les nouvelles variétés de roses », ajoute Marc Gueguen, responsable recherche et développement chez Truffaut qui, depuis de nombreuses années, collabore avec l’entreprise Meilland. Cette démarche implique un grand respect des appellations d’origine. « La France est le leader des AOC », explique Alain Meilland. « Le complément indispensable de notre stratégie c’est la protection des obtentions végétales. Nous allons rarement dans un pays si cette protection n’existe pas. »
Du pollen à la fleur...
« A l’état naturel, poursuit Jacques Mouchotte, le genre Rosa est immense, car les rosiers sont allogames (les roses se croisent entre elles), et génèrent une très forte descendance. Le créateur de roses va en quelque sorte imiter la nature ». Au cours de l’hiver, il va choisir les “parents“ en fonction de critères divers, d’inspiration et d’objectifs à atteindre. Vers la mi-avril, quand la fleur arrive à maturité, “l’hybrideur“ enlève les sacs polliniques du cœur de la fleur et procède ensuite à l’application du pollen extrait sur un pistil sélectionné d’une autre fleur. Pour protéger cette future création des éléments extérieurs (insectes, pollen...), “l’hybrideur“ l’emballe dans un sac en papier. Ce que l’insecte fait au hasard, l’homme le fait scientifiquement. les étapes, de la création à la promotion des roses. Elle nous emmène visiter les serres. Nous ne verrons pas la rose ‘Peace’ mais ses sœurs, dont certaines, peut-être, atteindront demain une semblable notoriété.
« C’est le temps que tu as perdu pour ta rose... »
« Il faut quatre ans pour créer une variété et environ six années supplémentaires pour la développer » explique Jacques Mouchotte, directeur de recherche chez Meilland. Son travail consiste, dit-il, « à chercher tous azimuts et à rêver en permanence ». Etre à l’écoute des sensibilités, créer des images qui n’existent pas, tel est son quotidien ainsi que celui de Michèle Richardier, la sœur d’Alain Meilland, également créatrice de roses. Les roses que l’on trouve aujourd’hui à la vente ont été conçues dans les années 80. « Dès que les rosiers existent, nous les présentons, une fois par an, lors d’une collection “haute couture“ à laquelle nous convions les acheteurs du monde entier. Nous ne créons pas des fleurs, mais des tendances : des fleurs aux formes et aux couleurs originales, des parfums inédits...
Nous anticipons aussi les besoins : des rosiers qui ne se taillent pas, des rosiers inermes (sans épines), des rosiers pour les balcons et les En octobre, les créations ainsi obtenues sont numérotées pour être mises en semis, courant décembre. Sur 100 000 graines semées, 100 plantes seront multipliées, 10 subiront le test commercial et une seule, peut-être, sera commercialisée.Il ne reste alors plus qu’à attendre que les “bébés“ naissent, grandissent pour être triés plusieurs fois jusqu’à obtenir les quelques espèces sélectionnées qui seront soumises à divers modes de cultures dans les mini-centres d’adaptation du monde entier. La multiplication des variétés retenues se fera alors par greffage. Ainsi la sélection finalisée de 1998 pourra être observée entre septembre et novembre 2001 !De retour dans la serre, Alain Meilland s’enthousiasme devant une de ses roses : « regardez celle-ci, ‘Gypsy Léonidas’, notre gitane, une enfant de ‘Léonidas’. On est vraiment des marchands de couleurs... ». Dédé le jardinier, le personnage le plus célèbre de la maison Meilland, le visage épanoui par plus de 37 années de travail chez Meilland dit, le sourire large : « Moi, je les trouve toutes belles. Chacune a son caractère. Une vilaine rose, cela n’existe pas. Elles ont toujours quelque chose. Regardez celle-ci, elle est toute neuve ». Alain Meilland, Jacques Mouchotte et Marc Gueguen se penchent sur la belle et apprécient la hauteur de la tige et sa droiture. Ils imaginent déjà sa tenue en vase...
Alors on se dit que décidément le renard apprivoisé par le Petit Prince avait bien raison : « On ne voit bien qu’avec le cœur... » (Antoine de Saint-Exupéry 1900-1944), un secret bien entretenu, chez Meilland.
Une femme passe, poussant sa brouette, un tablier de travail noué sur les hanches, un chat s’étire, le temps semble suspendu au Cannet-des-Maures. Rien ne laisse imaginer que les bâtiments, perdus dans la verdure, abritent des bureaux équipés de la plus haute technologie. Une voix forte et enjouée résonne au fond d’un couloir. Vous êtes aussitôt saisis par l’énergie et la joie de vivre d’Alain Meilland. « C’est ici que les grandes décisions se prennent », dit-il en nous entraînant devant un planisphère géant. « Notre stratégie, c’est la planète bleue.Aucun pays au monde, ni aucune religion, ne rejette la rose. Coupée ou en pot, selon les habitudes et les coutumes, la symbolique de la rose est universelle. Vous trouverez des roses Meilland dans les roseraies d’Istanbul comme dans les jardins de Jérusalem ».Le site du Cannet-des-Maures est un lieu de recherche et d’expérimentation. De là partiront des milliers de greffons de roses pour des destinations les plus diverses, car jamais ne seront expédiés des rosiers adultes. D’une part, ils ne peuvent pas traverser les océans car les lois phytosanitaires sont très strictes et tout particulièrement dans les pays anglo-saxons et dans les îles, où les plantes font l’objet de quarantaines.
D’autre part, pour que ces rosiers s’adaptent à leur milieu, leurs plantations sont faites à partir de ces greffons dans des mini-centres d’adaptation : par exemple, en Argentine les résultats seront très différents de ceux obtenus en France ou ailleurs. « Alain Meilland et ses équipes parcourent le monde à la recherche de ces mini-centres où ils pourront expérimenter les nouvelles variétés de roses », ajoute Marc Gueguen, responsable recherche et développement chez Truffaut qui, depuis de nombreuses années, collabore avec l’entreprise Meilland. Cette démarche implique un grand respect des appellations d’origine. « La France est le leader des AOC », explique Alain Meilland. « Le complément indispensable de notre stratégie c’est la protection des obtentions végétales. Nous allons rarement dans un pays si cette protection n’existe pas. »Du pollen à la fleur...
« A l’état naturel, poursuit Jacques Mouchotte, le genre Rosa est immense, car les rosiers sont allogames (les roses se croisent entre elles), et génèrent une très forte descendance. Le créateur de roses va en quelque sorte imiter la nature ». Au cours de l’hiver, il va choisir les “parents“ en fonction de critères divers, d’inspiration et d’objectifs à atteindre. Vers la mi-avril, quand la fleur arrive à maturité, “l’hybrideur“ enlève les sacs polliniques du cœur de la fleur et procède ensuite à l’application du pollen extrait sur un pistil sélectionné d’une autre fleur. Pour protéger cette future création des éléments extérieurs (insectes, pollen...), “l’hybrideur“ l’emballe dans un sac en papier. Ce que l’insecte fait au hasard, l’homme le fait scientifiquement. les étapes, de la création à la promotion des roses. Elle nous emmène visiter les serres. Nous ne verrons pas la rose ‘Peace’ mais ses sœurs, dont certaines, peut-être, atteindront demain une semblable notoriété.
« C’est le temps que tu as perdu pour ta rose... »
« Il faut quatre ans pour créer une variété et environ six années supplémentaires pour la développer » explique Jacques Mouchotte, directeur de recherche chez Meilland. Son travail consiste, dit-il, « à chercher tous azimuts et à rêver en permanence ». Etre à l’écoute des sensibilités, créer des images qui n’existent pas, tel est son quotidien ainsi que celui de Michèle Richardier, la sœur d’Alain Meilland, également créatrice de roses. Les roses que l’on trouve aujourd’hui à la vente ont été conçues dans les années 80. « Dès que les rosiers existent, nous les présentons, une fois par an, lors d’une collection “haute couture“ à laquelle nous convions les acheteurs du monde entier. Nous ne créons pas des fleurs, mais des tendances : des fleurs aux formes et aux couleurs originales, des parfums inédits...
Nous anticipons aussi les besoins : des rosiers qui ne se taillent pas, des rosiers inermes (sans épines), des rosiers pour les balcons et les En octobre, les créations ainsi obtenues sont numérotées pour être mises en semis, courant décembre. Sur 100 000 graines semées, 100 plantes seront multipliées, 10 subiront le test commercial et une seule, peut-être, sera commercialisée.Il ne reste alors plus qu’à attendre que les “bébés“ naissent, grandissent pour être triés plusieurs fois jusqu’à obtenir les quelques espèces sélectionnées qui seront soumises à divers modes de cultures dans les mini-centres d’adaptation du monde entier. La multiplication des variétés retenues se fera alors par greffage. Ainsi la sélection finalisée de 1998 pourra être observée entre septembre et novembre 2001 !De retour dans la serre, Alain Meilland s’enthousiasme devant une de ses roses : « regardez celle-ci, ‘Gypsy Léonidas’, notre gitane, une enfant de ‘Léonidas’. On est vraiment des marchands de couleurs... ». Dédé le jardinier, le personnage le plus célèbre de la maison Meilland, le visage épanoui par plus de 37 années de travail chez Meilland dit, le sourire large : « Moi, je les trouve toutes belles. Chacune a son caractère. Une vilaine rose, cela n’existe pas. Elles ont toujours quelque chose. Regardez celle-ci, elle est toute neuve ». Alain Meilland, Jacques Mouchotte et Marc Gueguen se penchent sur la belle et apprécient la hauteur de la tige et sa droiture. Ils imaginent déjà sa tenue en vase...
Alors on se dit que décidément le renard apprivoisé par le Petit Prince avait bien raison : « On ne voit bien qu’avec le cœur... » (Antoine de Saint-Exupéry 1900-1944), un secret bien entretenu, chez Meilland.
Publié en 21/02/2003
Roland vous répond
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