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Plantes de pépinière

    Le Domaine du Rayol ; un rêve de Nature

    Comment peut-on imaginer que sur la cote varoise, une des plus belles cotes mais aussi une des plus fréquentées par les estivants, on puisse découvrir, entre Cavalaire et le Lavandou, un espace préservé et cependant accessible au promeneur ?

    Une nature « sauvage », revée par l’homme et modelée par le paysagiste Gilles Clément au cœur du Domaine du Rayol.

    Un site mythique, chargé d’histoire, que le Conservatoire du Littoral a acquis en 1989, le sauvant ainsi des promoteurs immobiliers, pour le bonheur de tous.

Le paradis, ça se mérite

« C’est un lieu qui a toutes les caractéristiques du mythe » explique Bruno Guichard, directeur de l’Association ADORA*. « Cette ancienne propriété privée, parsemée de superbes constructions, dispose d’une vue incomparable sur la mer ». Lorsque le Conservatoire du Littoral acquiert ces lieux, ce ne sont que des friches et des ruines. Ce que reste est beau et chargé d’histoire, mais comment le transformer ?

Le paysagiste Gilles Clément propose alors un projet de jardins méditerranéens aussitôt mis en chantier. Sur le terrain, il existe une quantité de plantes indigènes et exotiques plantées parles propriétaires successifs : Alfred Théodore Courmes, homme d’affaires, de 1940 à 1940 et Henri Potez, célèbre constructeur aéronautique, de 1940 à la fin des années 60. Gilles Clément décide donc d’introduire au sein de ces anciennes plantations une flore évoquant les paysages des différentes régions de climat dit « méditerranéen » dans le monde : pourtour méditerranéen, bien sur, Chili central,  Sud-Est de la Californie, région du Cap en Afrique du Sud, Australie méridionale, ainsi que des régions asiatiques, néo-zélandaises et mexicaines. Mais l’existence de plantes exotiques dans le Domaine évoque également la création d’un paysage subtropical américain. « Il ne s’agissait pas, ajoute Bruno Guichard, de chercher l’authenticité mais d’évoquer des paysages. Le point fort du projet, au bout du compte, c’est la cohérence qui s’en dégage ». La promenade dans le jardin ne démentira pas ce point de vue.

• Cette association gère le Domaine du Rayol et rassemble des institutions et des particuliers déterminés à donner vie à ce lieu.

Une mosaique végétale

Après avoir été accueilli dans la Villa de la mer, charmant édifice « Belle Epoque », le visiteur est en condition pour recevoir ce que le président de l’ADORA, Lucien Chabason, nomme « un choc esthétique ». En effet, du balcon de la Villa, la vue sur les jardins et la mer est imprenable. Il faut se forcer un peu pour quitter l’endroit et s’engager sur le parcours, discrètement fléché, qui conduit en deux heures environ aux quatre coins de ce monde végétal. Le guide de visite en main, le promeneur découvre le dragonnier des Canaries, le filao et le bottle-brush d’Australie, les yuccas et les agaves d’Amérique centrale, ainsi que les caroubiers et les lauriers-roses des rives méditerranéennes. Passant d’un univers à l’autre en douceur, il sera conquis parle charme de certains juxtapositions. Un palmier dattier effleurant une fougère arborescente, un chene liège à l’orée d’un foret de bambous, une verte prairie contigue au jardin mexicain des zones arides, puis au détour d’un sentier, une ferme où sont entreposés les outils des jardiniers du domaine. Ils sont cinq à travailler ici toute l’année, chacun est responsable d’une zone géographique.

En pente douce vers la mer, soudain apparaît une petite crique de sable blond, bordée de somptueux rochers qui se jettent dans une eau transparente à ne pas en croire ses yeux.

Sur la plage, la « petite maison de la mer » invite le promeneur à la visite du sentier marin. Très prisée, cette animation, proposée en juillet et aout, permet à de petits groupes de huit personnes de recevoir une formation de trente minutes sur le milieu marin avant d’etre équipés de combinaisons, masques et tubas pour découvrir les fonds marins de la baie du figuier.

De retour sur terre, le visiteur remonte le long du cours d’eau jusqu’au puits, jette un regard sur le grand escalier de pierres qui traverse le Domaine, sur la pergola dont les jeux d’ombre infinis se jouent entre les colonnes, sur les solives du toit et les feuillages qui pourraient le retenir là une éternité….. avant de retourner à la Villa, le cœur un peu serré de devoir quitter toute cette beauté.

Jardins d’essais, jardins pédagogiques

« Le jardin n’est pas une fin en soi, mais un support pédagogique pour d’autres choses. C’est pourquoi il est nécessaire de donner au public des clés de compréhension » Bruno Guichard insiste beaucoup sur l’idée que l’on n’est pas ici dans le cadre d’un jardin botanique traditionnel. Pas de collections de plantes, pas de panneaux explicatifs sur les végétaux rencontrés en chemin, mais une visite guidée quotidienne et un guide de visite très précis suivant un parcours où quelques plantes remarquables sont signalées par des fiches métalliques numérotées, à l’enseigne du chardon bleu, emblème du Conservatoire du Littoral. Des projets d’aménagement de salles de documentation et de conférences dans les batiments sont à l’étude. « C’est surtout par le plaisir des sens et la découverte d’une nature protégée des exactions  humaines que le visiteur peut appréhender l’importance de l’écologie ». Ces paroles sont confirmées par François Maquart-Moulin, responsable technique et scientifique, chargé des questions de pédagogie. Biologiste-naturaliste de formation et ethno-botaniste de conviction, il est originaire de la région et a participé dès le départ à la construction du projet. Il a notamment visité toutes les régions du monde représentées dans le Domaine. « Les paysages que l’on a créés sont bien typés et les végétaux bien adaptés au climat. Quand un chilien sort du parc en nous disant que ça ressemble à son pays, nous sentons que nous avons réussi ». Mais, il y a toujours plus à faire et meme si ce jardin semble etre parvenu à maturité dans ses vingt hectares, il évolue, comme tout jardin. « Montrer aux gens l’usage des plantes et leur histoire, explique François Macquart-Moulin, c’est leur donner envie de les protéger ». Que la gousse de caroube ait apporté du fourrage aux betes et de la nourriture aux hommes, que sa graine (de 180 à 205 mg) ait servi d’étalon pour évaluer les poids des épices et des pierres précieuses (usage que l’on retrouve dans l’étymologie du mot carat), tout ceci donne soudain un regard enrichi sur cette plante.

Cet écrin végétal, ouvert sur la mer, donne à penser sur le lien indéracinable qui unit l’homme et la nature, d’abord, et sur la responsabilité qui lui incombe de la préserver. Le Conservatoire du Littoral protège actuellement 14 % de nos cotes et se donne pour objectif d'étendre sa protection à un tiers de celles-ci. Que les moyens lui en soient donnés, un souhait que tous, visiteurs d’aujourd’hui et de demain, partagent avec ’équipe du Domaine du Rayol.

Publié en 21/02/2003

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