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Le sexage ADN des oiseaux
UNE AVANCEE MAJEURE DANS LA REPRODUCTION DES OISEAUX
Les oiseaux ont toujours fasciné un large public. Appréciés par leur plumage, leur ramage et plus récemment pour leur comportement, ces animaux cohabitent avec l’Homme depuis l’Antiquité.
Amateurs ou professionnels : comment sexer les oiseaux ?
Pour les amateurs, la maintenance de ces volatiles est devenue une véritable passion, dont l’ultime étape est souvent d’obtenir leur reproduction. C’est également là le constat indéniable d’un animal en parfaite santé. Mais pour observer des œufs puis des oisillons, il faut préalablement constituer un couple.
Les professionnels de l’animalerie sont actuellement confrontés au meme problème. En effet, le prélèvement d’oiseaux sauvages n’est plus souhaité : le réservoir naturel est limité, la convention de Washington réglemente de plus en plus strictement les exportations, voire les interdit.
Certains clients enfin, refusent catégoriquement ces oiseaux importés. Les sujets reproduits en élevage, bien plus sociables, représentent donc la plus sérieuse des alternatives pour l’avenir. Mais là encore, il faut pouvoir s’approvisionner en oiseaux issus de couples reproducteurs.
Un tel élevage représente un véritable challenge. Les infrastructures nécessaires s’avèrent onéreuses, intégrant notamment un système de chauffage pour l’hiver. Le cout d’acquisition de certains individus reproducteurs est très élevé. Enfin, la maturité sexuelle de certaines espèces comme les perroquets n’est atteinte qu’à l’age de 4 ou 5 ans. Là encore, l’éleveur doit pouvoir sexer ses oiseaux au plut tot, ceci pour éviter d’accoupler inutilement durant plusieurs années de mauvaises paires.
Les solutions actuelles pour le sexage
Chez certaines espèces, il existe un dimorphisme sexuel externe très apparent : males et femelles n’ont pas le meme plumage. C’est par exemple le cas du petit diamant mandarin (Poephila guttata), où seul Monsieur présente des joues oranges. Meme situation avec la célèbre perruche ondulée (Melopsittacus undulatus), où le male se distingue facilement par une cire bleue sur le bec. Quant aux fabuleux Eclectus (Eclectus roratus), seuls les daltoniens parviendront à confondre le male vert émeraude de sa femelle rouge vif.
D’autres espèces nécessitent une observation plus fine, telle une différence de la taille dans le couple. Cette caractéristique, très nette chez les rapaces, n’est pas évidente chez les petits exotiques. Pour les canaris, la technique professionnelle consiste à souffler délicatement sur les plumes recouvrant le cloaque : celui des femelles apparaît circulaire et concave. Les japonais excellent d’ailleurs dans cet art et trient ainsi chaque jour plusieurs milliers de poussins tout juste éclos ! cela peut également concerner l’écartement des os pelviens, la forme du bec…. Et d’autres critères souvent très subjectifs.
Il est également possible de sexer les oiseaux sur leur simple comportement. Le chant du canari male reste le meilleur exemple. Ce peut etre également l’observation d’une parade nuptiale, ou d’une hiérarchie alimentaire. Cette technique reste toutefois très aléatoire et dépend surtout du bon vouloir de l’oiseau.
Enfin, il existe des espèces où rien n’apparaît. Ainsi, les moineaux du Japon, le mainate, mais surtout la plupart des perroquets et grandes perruches n’ont pas de dimorphisme sexuel. Là, l’investigation est toujours possible, mais il faut accepter de recourir à la technologie. Deux méthodes cohabitent à ce jour : l’endoscopie et l’analyse ADN.
• L’endoscopie :
• Instaurée dans les année 70 par des vétérinaires américains, l’endoscopie est une intervention chirurgicale d’investigation qui permet d’observer directement l’état des organes reproducteurs internes de l’oiseau, testicules ou ovaires. L’endoscope est un petit tube en inox qui peut meme etre équipé d’une mini caméra pour observer directement sur écran vidéo de controle
• La première étape d’une endoscopie consiste à anesthésier l’oiseau, soit par injection, soit par anesthésie gazeuse (inhalation dans un masque ou une enceinte). Cette technique est préférable car moins dangereuse pour l’animal : elle est controlée en temps réel. Le réveil est également naturel une fois l’émission stoppée.
• Il existe ensuite plusieurs voies d’accès pour une endoscopie de sexage, mais les deux plus fréquentes restent le voisinage du cloaque et le flanc gauche. Une fois l’incision réalisée, il suffit d’introduire délicatement le tube, jusqu’à pouvoir observer les testicules ou l’ovaire gauche des femelles (le droit est toujours atrophié chez les oiseaux).
• L’observation achevée, l’endoscope est délicatement retiré et l’incision désinfectée. L’oiseau est alors placé dans une cage de réveil.
• Le résultat est fiable puisque visuel, affiné par l’appréciation du stade de maturité sexuelle de l’animal. Le risque de malversation reste faible car le vétérinaire établit un certificat d’endoscopie daté, signalant le sexe et les références disponibles sur l’identité de l’animal (bague, puce électronique). Les risques majeurs restent le choc opératoire, la lésion causée par l’incursion de l’endoscope et l’infection post-opératoire si les conditions d’hygiène ne sont pas respectées. C’est un véritable acte chirurgical qui doit etre pratiqué par un vétérinaire spécialisé.
• L’analyse ADN *
Un fait reste sur ! la détermination du sexe des oiseaux est toujours chromosomique : ce sont en effet des chromosomes sexuels (gonosomes) qui décident du sexe de l’individu. La possibilité d’un sexage par dosage hormonal du sang ou des fientes de l’oiseau a été développée, puis rapidement abandonnée car le cout s’est avéré prohibitif sans que la technique assure une parfaite fiabilité.
Le principe de l’analyse ADN consiste donc à directement observer les chromosomes sexuels de l’animal. Les années 90 ont ainsi pu permettre d’exploiter certains progrès de la biologie moléculaire. Il est intéressant de rappeler que l’étude du génome des oiseaux présente un certain retard : 20 % environ des espèces ont subi des études ADN à ce jour. Si l’espèce la plus travaillée reste naturellement le poulet, les faucons et les perroquets suivent de très près pour l’intérêt évident du sexage en élevage.
L’analyse ADN s’effectue sur une simple goutte de sang.
Une première technique simple de prélèvement consiste à sectionner volontairement plus court que la normale un ongle de l’oiseau, et ceci afin d’atteindre le vaisseau irriguant. L’opération peut s’avérer « stressante » pour l’oiseau, mais également pour le propriétaire.
Une technique plus simple consiste à prélever une plume à l’oiseau. Il faut alors choisir une plume jeune, contenant du sang et de la pulpe. Une vieille plume de mue est totalement inutile.
Le sang ou la plume sont ensuite envoyés par courrier dans un laboratoire spécialisé. Là, l’ADN est extrait des noyaux des cellules, puis isolé par centrifugation. Les chromosomes sont alors isolés pour obtenir un « caryotype ». Il suffit ensuite d’observer ce dernier, et plus particulièrement les chromosomes sexuels, pour déterminer le sexe de l’oiseau.
Cette technique vaut pour toutes les espèces et quel que soit l’age de l’animal.
Le sexage ADN est une technique réalisée par des laboratoires spécialisés et facturée environ 250 francs.
Le sexage ADN est une technique beaucoup moins contraignante que l’endoscopie, tant pour l’animal que pour son propriétaire. Le prélèvement s’effectue facilement, sans devoir recourir à une anesthésie, éliminant ainsi le choc opératoire et le risque d’infection conséquent. Deux inconvénients viennent toutefois tempérer le plébiscite : le sexage ADN ne permet pas d’apprécier la maturité sexuelle de l’oiseau.
Il y a donc fort à parier que le nombre de reproductions parmi les perroquets va considérablement augmenter dans les prochaines années. Les animaleries disposeront ainsi de davantage d’oiseaux totalement élevés, plus résistants mais également parfaitement socialisés. On pourra meme réimplanter, dans leur pays d’origine, des espèces que l’on aura su reproduire.
* Acide Désoxyribonucléique constituant l’essentiel des chromosomes, support matériel de l’hérédite


> Ponthierry


